Se lancer dans une longue randonnée n'est pas une décision facile. Il y a de nombreux éléments à prendre en compte, du stockage des provisions à l'abri, en passant par le sac à dos et les chaussures qui s'useront inévitablement (à plusieurs reprises). Ces choix et les opinions qu'ils suscitent sont extrêmement controversés parmi les randonneurs, mais ce sont surtout les questions et l'incrédulité que vous rencontrerez chez vos proches qui sont les plus fréquentes.
Tout au long de ma préparation et de ma tentative de traversée de l'Appalachian Trail, les questions qui reviennent le plus souvent, que ce soit de la part de ma famille, de mes amis ou même d'inconnus croisés lors de mes courses frénétiques dans les supermarchés du coin, concernent l'essentiel sur le sentier : l'alimentation. Pour tenir le coup lors des étapes de 15, 30, voire 50 kilomètres, il est crucial de bien choisir ses aliments : ils doivent être faciles à transporter et suffisamment caloriques pour nous permettre d'affronter ces longues journées d'effort. Vos choix dépendront donc de votre capacité à lire attentivement les étiquettes nutritionnelles et à comparer le poids d'un pot de beurre de cacahuète à celui d'une crème de guimauve.

En randonnée, la nourriture occupe la majeure partie de mes pensées, entre les arbres tombés et les rochers. Si je ne mange pas, je pense déjà à ma prochaine collation ou à mon prochain repas : une barre énergétique avalée à la hâte pendant que je filtre de l’eau, ou un festin de fast-food lors de ces rares journées en ville. Rien n’égale le Blizzard de chez Dairy Queen dont on rêve – et qu’on a tellement envie de déguster – depuis trois jours avant d’arriver en ville. La nourriture devient un véritable mantra, une source de motivation.
Pourtant, beaucoup, voire la plupart, de nos concitoyens ne comprendront pas nos choix : randonner, ce que nous mangeons et comment nous le faisons. J’espère que cette liste de mythes et d’explications concernant les randonneurs au long cours, abordant des sujets comme la faim et le stockage des aliments, contribuera à dissiper une partie de leur incrédulité. À tout le moins, elle m’aidera à mieux expliquer au prochain caissier pourquoi il est plus important de trouver des brioches au miel glacées à 710 calories que celles à 300 calories.
Mythe n° 1 : Manger les mêmes aliments tout au long de la randonnée
Il y a plusieurs décennies, une solution économique pour les longues randonnées consistait à se faire livrer des colis de ravitaillement tout au long du sentier. Cela impliquait toutefois de choisir ses repas bien à l'avance, sans tenir compte de l'évolution des goûts, de la faim et des envies pendant la marche.
Prenons l'exemple de la faim chez les randonneurs. Après plusieurs semaines de marche, j'avais faim. Tout. Le. Temps. Il s'avère que parcourir plus de vingt-cinq kilomètres par jour, tous les jours, modifie le métabolisme et qu'il faut le satisfaire. Le goût est aussi important. Au début du sentier, je dévorais des barres Clif aux pépites de chocolat. Après quelques centaines de kilomètres, la simple vue d'une barre Clif me donnait la nausée. J'ai dû me rabattre sur les barres de céréales pour varier les plaisirs.

Les longues journées de randonnée, avec leurs kilomètres parcourus, font naître des envies insoupçonnées. J'ai une envie irrésistible de concombres frais et croquants, et j'ai pris l'habitude d'en emporter un le premier soir après un ravitaillement. Je mange des poivrons frais comme des pommes. Randonner sur le sentier des Appalaches me permet aussi de savourer les sucreries qui m'étaient interdites plus jeune : gâteaux, beignets et bonbons sont essentiels à l'énergie du randonneur.
Mythe n° 2 : Les repas à emporter sont longs
Je me souviens très bien d'un proche qui, en apprenant mes projets, s'est exclamé : « Comment vas-tu transporter cinq mois de nourriture ? » On croit souvent, à tort, que nous transportons des provisions pour plusieurs semaines afin de survivre en pleine nature.
En réalité, porter un tel poids rendrait la randonnée longue distance quasiment impossible. De plus, sur le sentier des Appalaches, on croise une route tous les treize kilomètres en moyenne. Cela signifie que j'ai dû emporter au maximum cinq jours de nourriture, la plupart des points de ravitaillement étant situés tous les deux ou trois jours.

Traverser les villages sur le sentier signifiera se précipiter à l'épicerie, à la station-service ou au magasin général le plus proche pour remplir nos chariots de sucreries, de viande séchée et de tout ce qui nous aura fait envie ces derniers jours. Votre seule limite sera votre imagination et la quantité de nourriture que vous êtes prêt à transporter !
Mythe n° 3 : Conserver les aliments est difficile
Ayant grandi près du parc national de Shenandoah, je connaissais bien les contraintes liées à la randonnée. Notamment, la façon de ranger notre nourriture pour la nuit. Avec les ours noirs et toute une série de petits animaux comme les souris, les rats, les écureuils et même parfois le porc-épic, il fallait absolument mettre la nourriture et les objets odorants en lieu sûr. À l'époque, on suspendait la nourriture à une branche haute, à l'abri des ours.
Après avoir observé mon père installer des sacs de provisions à l'abri des ours, puis l'avoir aidé, j'appréhendais la difficulté de le faire seule. Au moment de planifier ma randonnée sur le sentier des Appalaches, j'ai réalisé qu'il existait des moyens plus simples et plus sûrs de ranger mes provisions la nuit.

J'ai vraiment apprécié le contenant anti-ours, pour sa tranquillité d'esprit et sa facilité d'utilisation (le BearVault 475). J'avais commencé ma randonnée avec le modèle 450, mais ma faim de randonneur a vite dépassé ma capacité à y ranger facilement des provisions. En prenant un modèle plus grand, j'ai pu emporter de quoi manger et des articles odorants pour 4 à 5 jours. Lors de mes prochaines randonnées plus courtes, je pourrai peut-être emporter jusqu'à sept jours de nourriture !
Je peux facilement visser et dévisser le couvercle, et au moment d'aller au lit, je m'éloigne de ma tente de 70 grands pas et je le pose. C'est tout !
Mythe n° 4 : Consommez des repas déshydratés – à chaque repas
Ces dernières années, la nourriture pour la randonnée a évolué, passant des rations militaires MRE à des repas déshydratés de plus en plus créatifs. Mes amis proches me demandaient souvent si j'achetais des repas de marques différentes en grande quantité. On ouvre le sachet, on verse de l'eau bouillante, et c'est parti ! Pourquoi ne pas en manger à chaque repas ? Cependant, ces repas de marque peuvent coûter cher, et financer une longue randonnée implique d'économiser dès que possible.
Si vous en avez la possibilité et la patience (et que vous possédez déjà un déshydrateur), planifier vos repas à l'avance est une excellente solution. Les repas de randonnée préemballés sont un vrai régal lors des journées pluvieuses et froides où je n'ai pas envie de faire la vaisselle et où il me suffit de faire bouillir de l'eau pour un repas chaud. Du coup, mes dîners préférés sont souvent des macaronis au fromage Kraft (avec du fromage en plus !) agrémentés de saucisson sec, ou des « bombes » de ramen combinant purée de pommes de terre en sachet et nouilles instantanées au poulet épicé.
En fin de compte, une longue randonnée vous transporte dans un monde à part. Le bouleversement de notre quotidien est souvent imperceptible – et j'espère que ce témoignage dissipera certaines idées reçues que vos parents, votre famille et vos amis pourraient avoir à votre sujet.


